Interview : Waltz et Curnow nous parlent du comic à succès d’IDW Publishing

Cela fait bientôt six ans qu’IDW Publishing réécrit entièrement l’histoire des Tortues Ninja pour le plus grand bonheur des fans. Scénarios à la fois complexes et matures, des personnages de tous les univers mêlés à de nouveaux, une équipe de choc à la tête du projet. Tel est le secret d’IDW pour atteindre les bientôt 70 numéros du comic et de très nombreuses petites histoires annexes.

 

Le 27 février dernier, le site multiversitycomics.com publiait une interview avec Tom Waltz (scénariste des comics des TMNT d’IDW Publishing) et Bobby Curnow (rédacteur du comic) dans laquelle nous pouvons retrouver quelques détails fort intéressants. C’est pour cette raison que nous avons décidé de la traduire pour le Tortuepédia. Vous pouvez retrouver cette interview en anglais par ici.

Multiversity Comics : Est-ce que vous pensiez, en commençant à travailler sur le premier numéro, que vous iriez jusqu’à plus de 65 numéros d’une histoire déjà fort appréciée ?

Tom Waltz : Pas même dans mes rêves les plus fous ! Franchement, j’espérais à cette époque que les lecteurs laissent une chance au numéro #1 et que la série puisse survivre jusqu’au numéro #4 (assez pour faire un tradepaperback). Mais le temps a passé et les fans sont restés, et mes prières pour quatre numéros se sont changées en prières pour douze numéros (la première histoire de Shredder), puis quand les douze sont devenus une réalité, j’ai alors commencé à penser que peut-être, je dis bien peut-être, nous atteindrions vingt numéros. Puis nous avons commencé à travailler sur les évènements de City Fall et j’espérais et priais pour pouvoir écrire tout ça… et je l’ai fait… et j’ai commencé à me dire que cinquante numéros étaient réalisables et, mec, j’avais vraiment envie de cette confrontation épique entre Splinter et Shredder que j’avais en tête depuis si longtemps… Maintenant je passe mes journées en position fœtale dans un coin paniquant à propos du numéro 100 ! On peut le faire ! (J’espère).

Bobby Curnow: Personnellement j’avais le sentiment que la série tiendrait un bon moment. Je me souvenais des histoires sans fins que je faisais en jouant avec mes jouets TMNT dans les années 80’ et comment les TMNT n’avaient jamais vraiment quittés mon imagination. Le potentiel pour un long run était là. Ce n’est pas une licence qui s’épuise si facilement.

MC : Quelle est la plus grande différence entre écrire le premier numéro et le 66e numéro ?

TW : la plus grande et de loin la meilleure est le travail d’équipe solidement établie. J’étais plutôt seul dans le premier arc de l’histoire. J’avais préparé une proposition qui avait été examinée par Nickelodeon et Kevin Eastman, mais il y avait une transition éditoriale à l’époque, où Scott Dunbier (qui est méga occupé à IDW, créant notre magnifique Artist Edition collections) avait cédé les rennes de la série à Bobby Curnow. À ce moment-là, Bobby, Kevin et moi nous sommes assis et avons réalisés que nous devions travailler ensemble, dès le premier jour. C’était une transition tout à fait naturelle et géniale. Il n’était plus question de juste moi qui faisais des propositions à Nickelodeon, mais un vrai mélange d’idées entre nous trois pour proposer la meilleure histoire possible à Nickelodeon qui donnerait son approbation… Nous ne voulions pas y aller à l’aveuglette, mais voulions vraiment avoir un plan à organiser et sur le long terme pour tous nos personnages et nos scénarios. Il y a toujours des moments revus (nous faisons des changements ci et là) mais dans les grandes lignes, quand je fais un numéro comme le #66, j’ai une idée bien précise de ce qui a besoin d’être fait dans le script pour suivre ce que Bobby, Kevin et moi avons planifié pendant des mois. J’ai toujours l’impression que le scénario est si bien construit par nous trois que mon but principal quand je l’écris est d’ajouter simplement mes émotions personnelles dans l’interaction des personnages etc.

BC : Tom est libre dans l’évolution du processus créatif. Il y a aussi une grosse différence de liberté entre aujourd’hui et avant. Nous étions plus suivis par Nickelodeon au début. Ils ont mis des millions de dollars dans la franchise, et nous étions le premier média public sous leur bannière. Ils voulaient s’assurer que nous ne ferions pas tout capoter ! Avec le temps, nous avons (heureusement !) prouvé que nous pouvions faire les choses bien dans la franchise, et par conséquent ils nous ont donnés de en plus en plus de liberté tandis que nous leur donnions nos notes. Mais je pense aussi que nous avons gagné un autre type de liberté au cours des années : la confiance en nous-même. Nous savons ce que nous avons fait, et nous en sommes fiers. Cette confiance nous a permis de prendre des risques et nous surpasser.

MC : L’équipe créative est-elle confrontée à des règles strictes qui vous empêchent de franchir certaines limites dans la série ?

TW : À chaque fois que nous ajoutons quelqu’un dans notre série (par exemple Leatherhead) il faut que ce soit nécessaire… Et il faut que ça fasse du sens à l’histoire. C’est une grande règle pour nous et quelque chose pour lequel je suis fier que nous nous y attachions depuis le début. Pour ce qui est des choses que nous ne ferons jamais, vous ne verrez probablement pas un TMNT brandir un pistolet. Hey, c’est des ninjas – qui a besoin de flingue ?

BC : Nous avons fait relativement peu de morts car nous voulons que les personnages morts restent morts. Beaucoup de personnes pensaient que Donatello était mort dans TMNT #44, mais nous avons bien fait attention de ne jamais le dire, que ce soit dans le numéro ou dans le marketing, même si nous avons eu beaucoup d’impressions et de ventes. Je voudrais que nous continuions comme ça.

MC : L’un des points forts de cette licence a été l’incorporation de l’histoire des Tortues, pas seulement dans les comics, mais aussi bien à la télévision, les jeux-vidéos et les films. Est-ce que c’était une décision faite en amont ? Qu’est-ce qui vous a poussé à faire incorporer des éléments de réincarnation dans cette série ?

TW : Oui. Au tout début, je voulais que ce soit un amalgame de toutes les meilleures choses que l’on pouvait trouver dans la longue et fantastique histoire des TMNT à travers les différents médiums. Et Nickelodeon était vraiment enchanté de valider mon souhait, nous permettant de nous inspirer de presque tout ce qui avait été fait avant (et croyez-moi, il n’y a rien de plus amusant que de « butiner » à travers l’important TMNT wiki quand nous scénarisons nos aventures à venir). Et comme je l’ai dit plus tôt, nos choix sont portés sur ce qui fonctionne le mieux pour les histoires que nous racontons – c’est vraiment simple.

BC : Tom l’a très bien résumé. Des fois une histoire a des éléments en rapport avec le passé d’un personnage que nous n’avons pas encore utilisé, nous nous demandons donc si c’est le moment ou l’endroit de l’utiliser. On ne s’est jamais dit « C’est le moment d’introduire Slash (ou qui que ce soit). Quelle histoire devrions-nous développer autour de lui ? ». Ça a toujours été « Voici les bases de notre histoire – y a-t-il un ancien personnage qui pourrait nous servir, ou vaudrait-il mieux créer un nouveau personnage ? ».

MC : J’ai apprécié observer l’évolution et la croissance de chaque Tortues avec leurs propres caractéristiques et personnalités. À quel point pensez-vous qu’elles ont changé et est-ce simple de le communiquer à travers ces nombreux numéros ?

TW : C’est drôle, mais je sens que l’évolution/croissance des TMNT est une petite représentation de notre croissance collaborative à travers les années où nous avons travaillé sur la série. Après presque six ans de TMNT au quotidien, on finit par connaître les personnages presque intimement – tout comme l’équipe créative. Ça commence avec une question comme « Que ferait Donnie dans cette situation ? » et la réponse est maintenant différente d’il y a six ans – et ça nous vient de manière naturelle car je sens que Kevin, Boddy et moi sommes en adéquation avec nos Heroes in a Half Shell, grandissant et évoluant tout le long avec eux.

BC : Le principal élément des TMNT qui je crois est le plus souvent ignoré est que ce sont des adolescents. Pour moi, un adolescent est quelqu’un qui est pris entre deux mondes : quelqu’un qui a été conditionné par les autres (ses parents, la société) et quelqu’un qui commence à tracer son propre chemin et développe sa propre personnalité. Si les TMNT étaient des personnages statiques, on leur rendrait un mauvais hommage en tant qu’adolescents. C’est l’époque où vous grandissez et changez, c’est donc naturellement inscrit dans l’ADN de la série. Avec nos TMNT, c’est une partie cruciale de l’histoire : ils ont grandi dans le passé, principalement au Japon médiéval, mais ce sont des créatures du futur, jusqu’à présent inconnues des humains.

MC : La série a connu d’incroyables artistes qui ont apportés leur patte aux Tortues. Qu’est-ce que ça fait de travailler avec autant d’artistes incroyables ? Ça a changé votre style et votre approche dans un numéro ? Qu’est-ce qui fait un bon dessinateur de tortues ?

TW : Je vais laisser Bobby répondre à cette question plus en détail, car pour moi ça se résume en une chose : je suis extrêmement HONORÉ d’avoir mes mots [du scénario] si magnifiquement illustrés mois après mois par les meilleurs et plus talentueux artistes en activité. Honoré ! Je suis tellement reconnaissant envers tous les artistes avec lesquels nous avons collaboré, principalement notre superstar, la coloriste Ronda Pattison ! [Qui a travaillé sur la quasi-totalité des numéros, tant de l’ongoing que des mini-séries annexes].

BC : Nous sommes artistiquement chanceux pour quelques raisons. La première est que les tortues sont vraiment fun à dessiner, les artistes sont donc heureux de pouvoir y contribuer. L’âge de la franchise est aussi important. Avec un peu plus de trente ans [33 ans dans quelques jours], beaucoup d’artistes qui brillent aujourd’hui ont grandis avec les TMNT et sont impatients de pouvoir poser leurs marques sur ces personnages. Enfin, Nickelodeon aurait pu être vraiment présent et nous forcer à adhérer à une version précise des TMNT, ce qui aurait limité notre développement artistique. Mais ils ont été vraiment très accueillants envers tous les artistes qui ont contribué. Et ça a été très important pour moi aussi. Les TMNT ont une longue histoire de liberté artistique, et ce, en revenant aux temps du Mirage de Kevin Eastman et de Peter Laird. Quand ils avaient des artistes invités pour le livre, ils laissaient ces artistes faire ce qu’ils voulaient ! Et les TMNT sont bizarres ! Ils devaient être invités à dessiner de manière bizarre à cette occasion. Avec cette liberté je trouve que les artistes sont toujours désireux d’apporter leur meilleur.

En bref, ce qui rends un artiste de TMNT bon est quelqu’un qui comprend les personnages et à quel point ils sont complexes. TMNT est un livre d’action, ce qui demande une forte compréhension des mouvements et des positions. Mais c’est aussi un livre [riche] de personnages ce qui demande beaucoup d’émotions à dessiner. C’est une tâche très difficile, mais comme je l’ai déjà dit il y a tellement de trucs cools visuellement à dessiner dans cet univers, que les artistes avec lesquels nous avons travaillés s’enthousiasment de cette opportunité.

Il y a eu de gros changements au cours de la série, comme Splinter qui prend le commandement du Foot Clan [TMNT #51] ou ce qui est arrivé à Donatello (TMNT #44). Quelles ont été les réflexions et les planifications faites pour ces éléments clés des Tortues ?

TW : Énormément de réflexions, énormément de débats, énormément de révisions. Chaque évènement, chaque changement, qu’il soit moindre ou majeur, est profondément examiné par ceux qui sont en charge du projet avant que je n’écrive le script. Généralement, l’un de nous arrive avec une grosse idée (par exemple Splinter qui prend le contrôle du Foot Clan) et nous travaillons frénétiquement dans ce sens pour en tirer la meilleure histoire possible. Si nous faisons quelque chose comme ça, nous nous assurons que cela ait de l’importance, que ça fasse du sens et qu’il y ait un impact maximum… Même si cela doit prendre du temps.

Comment faite vous les gars pour continuer à rendre cette histoire intéressante après tant de numéros ?

TW : Pour moi, la pré-planification est ce qui continue à rendre l’histoire intéressante. Connaissant à l’avance les surprises que nous réservons à nos lecteurs, ça me permet de préparer nos scripts petit à petit. Comme nos fans, je suis impatient aussi !

BC : On doit beaucoup à nos nombreux personnages : il y a toujours un personnage intéressant pour lequel nous devons passer plus de temps. C’est la raison pour laquelle nous avons lancé la série Universe : il y avait trop de personnages et d’histoires pour un ongoing. […].

Comment voudriez-vous que cela se termine ? Pensez-vous qu’il s’agit de la plus grande contribution que vous pouviez donner aux Tortues ?

TW : Nous espérons surtout avoir apporté quelque chose qui rende fier les fans des TMNT à travers le monde. C’est notre lettre d’amour des TMNT pour les anciens et nouveaux fans et si nous les avons amusés et étonnés, alors je pense que nous avons rempli notre travail. Les efforts de l’équipe sont si importants que je ne l’ai jamais considéré comme mon propre héritage, mais je pense que l’aspect réincarnation que j’ai apporté aux origines des TMNT pourra s’inscrire dans l’héritage. Mais j’ai encore quelques trucs dans ma manche qui devraient être marquants… Il faudra juste que Kevin, Bobby et moi en fassions des trésors que nous révèlerons avant le numéro 100. On fera de notre mieux !

BC : Depuis la fin des années 80’ et 90’, les TMNT ont eu la réputation d’appartenir à l’univers des enfants. Mais ça n’avait pas commencé comme ça. Ça avait commencé comme un étrange mélange de genres gracieux créé par Peter et Kevin – quelque chose qui devait être apprécié avant tout par un public plus mûr. J’ai beaucoup apprécié le dessin-animé actuel de Nickelodeon et suis content de voir que tous les âges puissent apprécier la franchise. C’est comme ça que ça doit être. Mais j’aime à penser que nos TMNT rappellent à notre public les origines de la franchise : l’exploration des limites de l’imaginaire, tout en étant à la fois touchant et amusant. J’espère que nous avons contribué à cet héritage.

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