La mission de Mark Freedman (1986)

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Sur la route du succès (1984-1986)

 

La venue de Mark Freedman à la fin du mois d’aout 1986 dans le studio de Northampton avait un but bien spécifique : obtenir de la part des deux créateurs des Tortues Ninja la signature d’un contrat lui permettant de lancer la productions de figurines issues de cet univers encore mal connu. Mais finalement, sa tâche allait être un petit peu plus ardue qu’il ne l’aurait cru. En effet, les co-créateurs avaient déjà été approchés par au moins cinq agents qui leur avaient déjà fait des propositions similaires.

Freedman raconte « Quand j’ai entendu pour la première fois les mots Teenage Mutant Ninja Turtles j’ai fait un bond. Ce nom avait quelque chose de spécial […]. Je savais que je devais représenter les Tortues Ninja et j’aurais signé n’importe quel accord avec eux ».
Il désirait faire un contrat de cinq ans pour pouvoir exploiter au mieux cette nouvelle licence. Freedman était loin d’être un novice. Il avait été formé par Stan Weston qui n’est autre que le créateur des G.I. Joe, qui rappelons-le est le second plus grand succès de l’histoire du jouet, juste derrière Star Wars. Fort de son expérience, il savait que le succès d’un nouveau produit durait environ trois ans. Cela laissait une marge pour la retombée de ce succès et également une possibilité de poursuivre en cas de réussite totale. Laird et Eastman avaient déjà entendus ce type de proposition. Ils avaient besoin d’être réellement convaincus. Les deux dessinateurs étaient heureux de la manière dont ils vivaient, et ne voulaient surtout pas que leurs bébés tombent entre de mauvaises mains. Ils lui laissèrent alors un petit peu plus d’un mois pour trouver un fabricant et ainsi faire ses preuves.

Marionnette de Tony Basilicato 1985 Tortues Ninja TMNT

La marionnette de Tony Basilicato dans l’appartement du Connecticut d’Eastman et Laird (vers 1985)

Il partit de Northampton avec un très beau souvenir qui devait l’aider dans cette mission ; une copie originale du premier numéro du comic où les auteurs avaient écrit « va et gagne $1 million, ou oublie ». Outre cela, il commanda à Tony Basilicato, dont Prime Slime Tale venait d’être réalisé par Mirage Studios, une tortue en caoutchouc de 120cm. Ces deux produits devaient lui permettre de promouvoir la gamme qu’il désirait tant réaliser (le nombre varie selon le documentaire Turtle Power et le livre Toute l’histoire des Tortues Ninja de 2014). Pour l’anecdote, deux marionnettes furent réalisées, l’une pour Kevin Eastman et l’autre pour Peter Laird1. Laird fait un rectificatif du livre Toute l’histoire des Tortues Ninja sortit en 2014, où il précise que dans son souvenir, Mark Freedman n’a jamais demandé à Basilicato de lui réaliser deux marionnettes. Dans son souvenir, au contraire il aurait prêté sa propre marionnette à l’agent commercial2.

Cette tâche n’avait rien de facile, et beaucoup se moquèrent de Freedman. Il paraîtrait même que Disney aurait entendu parler de son projet sans y accorder le moindre crédit. Après avoir essuyé un certain nombre de refus, comme Mattel qui disait que le concept était ridicule, Freedman contacta un ancien ami avec qui il avait déjà travaillé par le passé sur Taft. Il s’agissait de Richard Sallis, le nouveau directeur de marketing de la branche américaine d’un fabricant qui se lançait dans le jouet depuis peu : Playmates Toys, une petite entreprise de Hong Kong, créée en 1966. Jusque 1986, le fabricant avait produit notamment des poupées en tous genres, dont la dernière allait être lancée en 1987. La poupée Jill comme elle était nommée devait être un bijou de technologie. Mais le pari fut un échec cuisant car le coût était bien trop élevé (environ 200$) pour un jouet peu convainquant (lire l’article détaillé sur Playmates Toys).
Playmates Toys réalisait également des figurines d’actions pour d’autres grandes marques, comme Mattel, mais ne possédait pas ses propres produits. Richard Sallis estimait qu’il était temps de se lancer sur le marché et donc de s’émanciper. Mark Freedman envoya à son ami un colis dans lequel se trouvaient la fameuse poupée de plus d’un mètre de hauteur ainsi que la dizaine de comics des TMNT sortis jusqu’alors. Tellement impatient d’avoir la réponse de Sallis, Freedman ne cessait de l’appeler pour lui demander s’il avait enfin reçu ledit colis. Sallis était étonné voyant le contenu mais plutôt intéressé. Nous sommes à la fin de l’été ou au début de l’automne 1986. Il fallut alors évaluer le potentiel d’une telle licence. Sallis demanda alors à John Handy et Karl Aaronian, qui s’occupaient du marketing de Playmates, ce qu’ils pensaient de ce projet. Il était clair pour eux que si le fabricant devait s’émanciper sur le marché du jouet, ce serait avec quelque chose de novateur. Ce serait certainement avec ces Tortues Ninja !
Bien entendu, il n’était pas possible pour Playmates Toys d’adapter directement le comic pour les enfants. L’histoire de base était bien trop sombre. Les tortues n’hésitaient pas à tuer leurs ennemis, comme Shredder. Le comic aux États-Unis était à l’époque classé PG13 (accord parental souhaité pour les enfants de moins de 13 ans). Toutefois, l’esprit qui y régnait était parfait selon les responsables de chez Playmates.
Lorsqu’Aaronian et Handy présentèrent au bout de trois mois les premiers croquis de ce qu’ils comptaient proposer, tout le monde dans la salle était très sceptique, et avant tout contre eux. Tous, sauf Richard Sallis qui les félicitât après la réunion.

Comme le rappelle Mark Freedman dans Turtle Power, The definitive history of the Teenage Mutant Ninja Turtles, il était totalement inutile de lancer une gamme de jouets sans un support promotionnel par derrière. Le comic était connu des amateurs, mais n’avait rien de très populaire pour autant. Il explique « Le comic n’avait pas un grand public, suffisant. Nous savions qu’avant de vendre un seul jouet, nous devions produire une histoire animée. Nous devions raconter l’histoire à la télévision pour les enfants ».

Des jouets au dessin-animéPlaymates Toys ancien logo

Richard Sallis est très vite conquis par les personnages du comics. Il voyait dans cette licence tout le potentiel nécessaire pour briser le sérieux instauré jusqu’alors dans le monde du jouet par les G.I. Joe par exemple. Il dit en 1988 au New York Times « Les tortues apportent de nouveau du fun dans les figurines d’action. Elles aiment la vérité, la justice et les parts de pizzas. On ne peut pas les prendre au sérieux, et les enfants le voient bien ».

Kevin Eastman et Peter Laird furent alors conviés à se rendre au siège de Playmates Toys en Californie pour commencer à parler du développement des figurines avec Richard Sallis et Bill Carlson, le président. C’est finalement en décembre 1986 que le contrat fut signé avec le fabricant de jouets.
Fred Wolf scénariste Tortues Ninja Turtles TMNTLa recette du succès de la vente des jouets était très simple. Il fallait pouvoir créer un support capable littéralement de faire la publicité de cet univers : un dessin-animé. Cette option était celle qui avait été envisagée dès le départ par Mark Freedman lorsqu’il cherchait un produit à promouvoir par sa jeune entreprise, Surge Licensing. Il convainquit Playmates de financer cinq épisodes pilotes des tortues pour tâter le terrain, et réussirent même à avoir un financement de la part de l’International Video Entertainment. La suite alla très vite. Jerry Sachs, publicitaire chez Playmates Toys marqua un rendez-vous avec le producteur de séries Fred Wolf. Ce dernier raconte « C’était en 1985 ou 1986 qu’une entreprise publicitaire du nom de Sachs Finley est entrée en contact avec moi avec un comic qu’elle mit sur ma table et me dit « Fred, tu peux faire un dessin animé avec ça ? ». J’ai commencé par regarder le titre, et je lui ai répondu « C’est cool ! Je vais jeter un œil mais je peux vous dire que je peux faire un dessin-animé avec n’importe quoi ».

David Wise scénariste Tortues Ninja Turtles TMNTÀ la base, la réalisation scénaristique devait être confiée à Chuck Lorre, à qui l’on doit des sitcoms aujourd’hui très connues comme The Big Bang Theory. À cette époque, il s’occupait encore de dessin-animés mais ne pouvait s’attarder sur ce projet, se lançant tout juste dans le monde des séries. Il conseilla alors à Fred Wolf quelqu’un d’autre qu’il voyait parfaitement le remplacer : David Wise.
Wolf le dit encore aujourd’hui à travers le documentaire Turtle Power, « Wise est sans doute l’Homme à qui l’on doit l’atmosphère de ce dessin-animé ». D’ailleurs, lorsque Fred Wolf contacta David Wise pour lui proposer le poste, ce dernier connaissait déjà les Tortues Ninja à travers les comics, dont il possédait les cinq premiers numéros. À partir de là, ça ne pouvait que fonctionner !

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De l’ombre à la lumière
(1987-1989)

Sources

  • Turtle Power, The definitive history of the Teenage Mutant Ninja Turtles, Randall Lobb, documentaire (2014)
  • Teenage Mutant Ninja Turtles, Toute l’histoire des Tortues Ninja, Andrew Farago, Huginn & Muninn, Paris – San Francisco (2014)

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